Rédiger un article scientifique : de l’analyse des résultats jusqu’à la publication (2/2)

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Dans la première partie nous avons vu les étapes de la publication scientifique depuis la création d’une question à étudier jusqu’à la mise en place sur le terrain de l’expérience qui permettra d’y apporter une réponse (si vous ne l’avez pas lue, cliquez ici).

Cette seconde partie s’intéresse aux dernières étapes, et non des moindres : l’analyse des résultats, la rédaction de l’article, et sa publication dans une revue scientifique.

Quatrième étape : les analyses

Quand les données sont toutes récoltées, le chercheur va décider d’employer différentes méthodes d’analyses plus ou moins complexes pour répondre à ses hypothèses. Il en existe plusieurs, et de nouvelles de plus en plus complexes sont développées chaque année. Il est dès lors important de déterminer en amont, bien avant de réaliser l’expérience, ce que l’on souhaiterait appliquer comme méthode(s) d’analyse(s), et sur quel(s) type(s) de données.

Scientifiquement parlant, ne trouver aucun résultat peut également être considéré comme un résultat en soi. Le plus difficile reste alors de publier ce type d'article...

L’étude peut en effet comporter des données soit quantitatives, c’est-à-dire des chiffres (ex : scores aux questionnaires, temps de réactions, température, fréquence cardiaque), soit qualitatives, c’est-à-dire non-chiffrées (ex : des témoignages, récits de vie).

Cette phase terminée, le chercheur sait alors si ses hypothèses sont confirmées ou non. Il est important de noter que, scientifiquement parlant, ne trouver aucun résultat peut être également un résultat, mais il est rare de trouver des articles qui font cette conclusion. Soit les chercheurs ont estimé avoir raté leur expérience et passent à autre chose, soit les éditeurs ne veulent pas publier une étude qui ne rapporte aucun résultat.

Or, il est important de savoir si une étude a pu être répliquée ou non. Comme il est impossible d’avoir des résultats sûrs à 100%, les analyses réalisées en recherche en psychologie acceptent 5% d’erreurs. Autrement dit, les résultats rapportés sont sûrs à 95%. Il existe donc un risque faible mais réel de conclure son étude sur un résultat incorrect. Répliquer une étude est alors le meilleurs moyen d’observer si les résultats obtenus sont les mêmes, et donc à priori corrects et réutilisables par les études futures qui voudront aller plus loin.

Cinquième étape : la rédaction de l’article

L’article que le chercheur va ensuite rédiger en vue d’être publié est le rapport complet de son expérience. D’une revue scientifique à l’autre, la forme est sensiblement la même :

  • Abstract : court résumé (+- 250 mots) de l’article. Il nous aide à décider si le sujet traité nous intéresse pour le lire plus en détail, ou non ;
  • Introduction : résumé de ce que l’on connait à ce jour du thème qui sera testé dans l’étude, et pourquoi il est important/utile d’avoir réalisé cette étude, ainsi que ce que l’on s’attend à trouver (les hypothèses) ;
  • Méthode : l’auteur décrit son expérience en détails : les détails sur les questionnaires et tâches utilisés, dans quel ordre, combien de personnes ont participé, comment et où ont-elles été recrutées et testées ainsi que tous les aspects éthiques développés dans la première partie ;
  • Résultat : cette section présente toutes les analyses réalisées et les résultats obtenus. Aucune interprétation détaillée de ces résultats n’est proposée à cette étape de l’article ;
  • Discussion : c’est ici que le chercheur va interpréter ses résultats. Il va pouvoir argumenter et discuter les résultats en reprenant chacune de ses hypothèses de départ. Les résultats confirment-ils ou non les propositions du chercheur ? Celui-ci tentera de comprendre pourquoi dans les deux cas. Le but sera ensuite d’intégrer l’apport de son étude dans le sujet étudié, dire en quoi les connaissances ont pu avancer grâce à ces résultats. C’est également dans la discussion que l’auteur peut signaler à la fois les éventuels points faibles (limites) de son étude, et proposer des pistes pour aller plus loin ;
  • Bibliographie : cette dernière section reprend toutes les références utilisées dans la rédaction de l’article (articles scientifiques, livres complets ou chapitres, blogs, vidéo, etc.).

Un titre est choisi et les différents auteurs peuvent signer, dans un ordre déterminé. Si depuis le départ l’auteur était associé à d’autres chercheurs ou s’il s’est fait entre-temps aider (pour réaliser les expériences ou pour l’analyse des données), ces personnes peuvent devenir co-auteurs de l’article. Les co-auteurs sont supposés aider à finaliser l’article en le rendant plus clair, en corrigeant les fautes d’orthographes, les analyses réalisées ou les idées développées.
Il n’y a pas de nombre limité d’auteurs pour un article, même si le moins possible reste l’idéal.
Deux positions comptent le plus lorsque l’on signe un article : le premier auteur car c’est lui qui est reconnu comme ayant réalisé la majorité du travail, et le dernier auteur, place souvent réservée au responsable du projet.

Sixième étape : soumettre son article à une revue scientifique

Cette dernière étape n’est pas de tout repos. Il faut d’abord choisir dans quelle revue soumettre son article. Il existe beaucoup de revues scientifiques, très spécialisées ou non, et de qualité très variable.

Soumettre un article pour publication se fait en plusieurs étapes :

  1. Quand l’auteur de l’article a choisi la revue, il envoie une lettre et son article à l’éditeur en chef de cette revue. La lettre s’appelle une cover letter et fait office de lettre de motivation. Elle explique les objectifs de notre étude et en quoi elle mérite d’être publiée.
  2. L’éditeur peut rejeter directement l’article (mauvaise qualité de l’écriture, sujet pas ou peu approprié à la revue, ou peu innovant, absence de résultat intéressant etc.). Le chercheur devra resoumettre son article ailleurs. Si l’éditeur accepte de prendre en charge l’article, il va alors chercher et contacter entre trois et cinq experts (reviewers) sur le sujet pour les inviter à réviser l’article. C’est pour cela que les articles scientifiques sont appelés en anglais peer review, ce qui signifie qu’ils sont « relus par les pairs ».
  3. Si les experts acceptent de lire l’article, toujours gratuitement, ils devront le relire en détail pour ensuite renvoyer à l’éditeur toutes leurs remarques. Ils peuvent souligner les points positifs, négatifs, suggérer des modifications, demander des précisions, exiger de refaire des analyses complémentaires, de retourner sur le terrain, signaler des phrases peu claires ou des fautes, etc. En tenant compte de l’ensemble des points à améliorer, et de leur faisabilité, ils doivent également décider si, pour eux, l’article mérite ou non d’être publié.
  4. L’éditeur rassemble les différentes réponses et transmet le tout à l’auteur de l’article qui découvre le statut de son article. Trois possibilités :
  • Cas rare : l’article est accepté sans modification, ou seulement avec quelques révisions mineures.
  • Cas fréquent : le chercheur doit modifier son article avant qu’une décision finale ne soit prise. Parfois l’article est accepté à condition que les modifications soient faites, parfois la décision dépend vraiment de la qualité des modifications, le rejet étant encore possible.
  • Cas assez fréquent : article rejeté. Il faut alors se tourner vers une autre revue, et recommencer la procédure à l’étape 1.

Toutes ces étapes prennent du temps. La première réponse de l’éditeur peut prendre entre quelques jours voire deux bonnes semaines (ou beaucoup plus), tandis que les réponses des experts peuvent prendre plusieurs mois (le temps pour l’éditeur de les trouver, d’obtenir leur accord et que le travail de relecture soit complètement réalisé). La phase de correction peut aussi nécessiter plusieurs semaines avant de renvoyer le texte modifié et d’attendre la réponse finale (acceptation, rejet, ou nouvelles demandes de modifications).

Quand l’article est accepté, l’auteur a quelques jours pour relire la version finale et apporter les dernières modifications avant publication officielle.

Quel type de journal choisir ?

Les revues ont deux types de fonctionnement :

  • Open access : tous les articles sont disponibles dans leur intégralité et gratuitement par tout le monde. L’auteur devra par contre régler des frais de publication (qui peuvent varier entre 100 et 3.000 dollars selon la revue).
  • Classique : aucun frais n’est demandé à l’auteur de l’article, mais seul l’abstract sera accessible gratuitement. Les universités payent des sommes exorbitantes pour permettre aux étudiants, chercheurs et professeurs d’accéder gratuitement à la majorité des revues. Une autre façon de lire ces articles est d’être abonné à la revue (en moyenne 500 dollars l’année pour la revue), payer pour consulter l’article seul (en moyenne 35-40 dollars), ou contacter directement l’auteur de l’article pour obtenir une copie.

À noter que le chercheur ne touche pas un centime sur son propre article, les droits étant cédés à la revue. Sa seule récompense sera le nombre de fois où son article sera cité par les autres chercheurs, si son travail est estimé comme valable.

Que retenir ?

Réaliser une étude nécessite de l’argent et beaucoup de temps, et peut parfois n’aboutir à rien du tout. C’est un investissement constant, qui nécessite de lire énormément sur le sujet étudié avant l’étude mais également pendant que l’on réalise l’expérience pour rester à jour. On parle alors de « veille scientifique ».
Une importante part du travail est administrative : rédiger et soumettre des dossiers afin d’obtenir un financement, puis un accord éthique, réaliser des rapports pour préciser l’avancée de son projet et conserver son financement à mi-parcours, les différentes étapes dans la publication, etc.
Toutes ces étapes ont par ailleurs tendance à se chevaucher car le chercheur avance en parallèle sur différents projets, chacun de ceux-ci à un stade d’avancement variable.

Cycle de la recherche : penser et planifier, découvrir, réunir et analyser, écrire et publier, partager et avoir un impact

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