Ce n’est pas parce que Facebook le dit que c’est vrai

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Partagée des milliers de fois sur Facebook, vous avez peut-être vu passer cette image d’une mère embrassant son bébé. L’explication qui accompagne cette image parle de zones du cerveau activées par cette relation maternelle, d’amour, d’ocytocine, de baiser, d’allaitement et d’hormones du bonheur via la sérotonine, etc.

C’est totalement faux.

La véritable histoire derrière cette image

À l’origine de cette image pourtant bien réelle se trouve Rebecca Saxe, professeure en neurosciences cognitives au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Le 12 septembre 2019, elle est revenue sur son compte Twitter sur l’origine de cette fausse information.

Cette chercheuse a réalisé il y a quelques années une étude s’intéressant à l’organisation de l’activité fonctionnelle dans le cerveau de nourrissons entre 4 et 6 mois face à des stimuli visuels. En l’occurrence, son équipe cherchait à comparer le traitement de visages et de scènes naturelles (sans visage). Autrement dit, le but était de voir quelles zones du cerveau sont activées quand un bébé regarde un type d’image ou l’autre, en les plaçant dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. 

Les résultats1 montrèrent, à la surprise de l’équipe, que le cerveau des nourrissons s’organise de façon très similaire à celui des adultes ; le fonctionnement général s’affinant avec le temps.

Rebecca Saxe explique qu’à cette même période, elle devint maman, et voulu aussitôt trouver le moyen de scanner le cerveau de son bébé. Pour rappel, ce type de scan ne présente aucun risque pour la personne à l’intérieur. Il était cependant difficile pour elle de tenir dans cet espace étroit avec lui, et elle dû attendre son deuxième enfant pour y parvenir (voir photo ci-contre).

Avec son équipe, ils ont alors décidé d’ajouter par dessus cette image les zones réellement activées chez le bébé lorsqu’il perçoit des visages. Cette image ne montre rien de plus.

En quoi est-ce (potentiellement) grave ?

Ne pas vérifier une information favorise l’intégration de fausses croyances et certitudes sur le monde. Il en existe beaucoup que nous véhiculons quotidiennement depuis des années, les exemples les plus répandus étant par exemple : « nous utilisons seulement 10% des capacités de notre cerveau », « le poisson rouge a une mémoire de 12 secondes », « écouter de la musique classique rend plus intelligent », « on peut combattre l’arrivée de la maladie d’Alzheimer en faisant des exercices mentaux », etc.

Ces articles utilisent en plus une armée de termes scientifiques pour faire plus vrai. Certaines émissions télé utilisent même le prétexte scientifique pour lancer des concepts douteux, accrocheurs pour le public, mais totalement non-scientifiques.

Toujours vérifier l’information, même si elle est cool ou mignonne

Cette fausse information concernant la relation mère-enfant n’a pas été que repartagée massivement sur les réseaux sociaux francophones, elle a également été reprise par des médias généralistes à travers le monde. Je n’insisterai jamais assez sur la nécessité de vérifier et recouper les informations que vous lisez ou entendez. D’autres posts à paraitre sur ce blog ne manqueront pas de le rappeler de temps en temps, que ceux-ci soient rédigés par moi ou d’autres intervenants.

Les médias (radio, journaux, télé) ainsi que les « articles » que l’on se partage à la chaîne sur Facebook et Twitter ne sont pas garantis sans erreurs, que celles-ci soient volontaires ou non. C’est d’autant plus vrai que de nos jours ce qui compte le plus c’est le like, le partage, avoir le plus de clics et de visibilité. Il est alors tentant pour un journaliste de reprendre au plus vite une information pour profiter de la mode, être le premier, quitte à ne pas vérifier la véracité de l’information.

Un article qui mentionne une étude sans citer sa source (nom du chercheur, titre de l’article scientifique d’origine), est déjà un mauvais départ ; et cela arrive fréquemment. Parfois, il arrive aussi que le média qui en parle simplifie l’information, voire même qu’il ne l’ait pas du tout comprise. L’idéal serait alors de pouvoir se faire sa propre opinion sur base de l’étude complète. Même si malheureusement une écrasante majorité de ces informations ne sont disponibles qu’en anglais…

Merci au Professeur Mandy Rossignol (UMONS) pour avoir inspiré ce post.

1 Retrouvez l’article complet à la référence suivante : Deen, B., Richardson, H., Dilks, D. D., Takahashi, A., Keil, B., Wald, L. L., … Saxe, R. (2017). Organization of high-level visual cortex in human infants. Nature Communications, 8(1), 13995. https://doi.org/10.1038/ncomms13995

Pour les plus anglophones, vous trouverez ci-dessous l’intervention de Rebecca Saxe lors d’un TEDx organisé à Cambridge où elle présente son étude et l’origine de la fameuse photo.

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